
suite Textes
L’équilibre pictural de
DEL AOR
Peut-être, même
si nous ne l’avions pas su ,
aurions-nous pu deviner que Del Aor,artiste française d’origine
catalane,
entretient une relation étroite avec les mathématiques.
En effet, dans sa belle exposition personnelle à la galerie Pinxit,
la peintre nous révèle son lien avec le monde des mathématiques
à travers une recherche formelle très précise,
dominée par une rationalité structurée,
qui ne se ferme cependant pas exclusivement sur le besoin de paramètres
définis et inaliénables. Son monde est en effet composé
de couleurs nettes et de formes précises, et c’est un monde
à la constante recherche d’un sens. Un sens qu’elle
cherche visiblement à travers la voie de la norme
et d’une représentation scandée, sans oripeaux ni
dispersion formelle.
L’équilibre est la valeur qui domine la représentation
du monde selon Del Aor . Ses œuvres sont marquées d’une
rigueur géométrique qui se traduit dans la juxtaposition
de couleurs nettes et fortes et dans une série de traits fermés
de forme apparemment simple, mais en réalité très
complexes. Ainsi en est-il de la succession dense de points d’interrogation
qui s’accumulent dans des espaces bien identifiés, circonscrits,
dans la métaphore de la question. Les vides eux-mêmes deviennent
des espaces importants, comme autant de cellules d’un organisme
en cours d’évolution destiné à se diriger
vers des formes ignorées par l’artiste elle-même.
Espace et couleur s’amalgament en une structure poétique,
une icône,
comme un signal essentiel auquel est relié une richesse cognitive
de bien plus ample
dimension, celle d’une artiste ayant atteint
son stade de recherche actuel par l’évidement des espaces.
Ses œuvres prennent leur sens à travers un point de vue
suggestif et non défini par les principes auxquels
nous sommes couramment habitués. Il en résulte des effets
complexes et polyvalents,
et, confronté aux œuvres de Del Aor,
l’observateur sera partagé entre la surprise et le manque
d’un point de référence précis ou bien d’
une voie préétablie.
L’artiste désigne ses œuvres comme des « non
lieux », évoquant une notion contemporaine de l’anthropologie
moderne pour se référer à des espaces de tous et
de personne, territoires dont la dimension singulière se referme
sur elle-même sans réussir
à reconnaître des occasions pour se relier aux autres.
Et si Khalil Gibran avait raison d’affirmer « je suis un
navigateur et un voyageur, et chaque jour je découvre une nouvelle
région de mon âme », alors un voyage dans les «
non lieux » proposé par la galerie Pinxit devient essentiellement
une occasion de connaissance et de recherche. Le voyage proposé
à travers toutes les œuvres rassemblées ici est un
voyage à travers les régions de l’âme, une
façon de retrouver une empathie entre l’être et le
paraître, entre le ressenti et le représenté.
Les « non lieux » deviendraient alors des espaces dans lesquels
on aperçoit diverses façons
d’aboutir à un examen critique de notre ressenti,
entre les méandres d’un besoin de limpidité et d’autre
chose que chacun saura
trouver par ses propres moyens.
Simplement.
Massimo CENTINI, critique d'art
Corriere dell’Arte - 12 juin 2004
Formes pures au pouvoir ...
Le nom, lui, semble
sortir des pages d’un roman de Marguerite Duras. Pourtant Del
Aor a ses vraies racines dans le sud. La Catalogne avec juste ce qu’il
faut d’Orient pour rêver .../…
Rigueur tendue, économie du signe, les formes s’imposent
par leur infinie justesse. La petite fleur timide de l’espérance
ou de la vie dans le jardin minimaliste habité d’idéogrammes
: c’est Del Aor.
“ C’est par l’irrationnel qu’on avance ... “
Et voilà Del Aor qui nous guide doucement et fermement sur ces
routes fragiles. Or-Bleu-Noir et puis Or-Bleu-Blanc ou encore
Noir-Blanc-Or et Bleu-Noir-Blanc. Surprise des couleurs !
C’est là que Del Aor quête au ras de l’évidence
le sourire de plénitude. Mystique ? Peut-être comme put
l’être François d’Assise dans l’absolu
dépouillement. Nous voyons ici pourtant une main tendue, bien
plus qu’un renoncement. Si l’exigence en art a pour vous
valeur d’ascèse et de libre exercice de l’intelligence,
pas de doute, il vous faut aller voir Del Aor.
J.P. CHARLUT, critique d'art